Laurent Philipps-Dantlo est de ceux là. Nous sommes allés à sa rencontre dans le fief alsacien des Bugatti. Chez lui point de petits bolides bleus dont le prix d'un seul pourrait nourrir un village africain sur douze générations. Mais de la Deuche et des Ami, ça oui, ça pullule ici. A croire qu'elles se reproduisent la nuit...

En arrivant on ne peut s'empêcher de demander de lui demander combien de 2cv reposent ici.

Au dernier recensement, m'explique Laurent, il y en avait 80 mais je suis encore allé chercher 5 2cv la semaine dernière, et en comptant les Mehari, Ami 6, Ami 8, Acadiane j'ai bien une centaine de voitures.

Heureusement il a la place.

Fait soif. Nous rentrons boire un petit blanc du pays. Pendant qu'il débouche sa ( première ) bouteille, Laurent me raconte son histoire. Le tutoiement s'est installé tout de suite, ne sommes nous pas entre deuchistes ?

"En fait si tu m'avais prédit il y a dix ans que j'aurai une centaine de 2cv je t'aurai ri au nez !" dit il sérieux. "Il y a dix ans je ne me déplaçais à Strasbourg qu'en vélo. Puis j'ai passé le permis de conduire comme tout le monde à l'âge de 18 ans." Il en a dix de plus aujourd'hui, il est né en 1969 comme l'Ami 8 qui fera l'objet d'un dossier dans notre prochain numéro.

Frustré d'Ami 8 Break

Pour première voiture je désirais une Ami 8 break.

L'Ami 8 break présentait plusieurs avantages, outre le confort et l'économie j'aurais pu mettre mon vélo dans les coffre. Je n'en ai pas trouvé.

Je suis déscendu en Anjou sur mon vélo (une promenade de 900 km !) pour visiter de la famille car j'avais entendu dire qu'il y traînait pas mal de "vieilles voitures".

J'ai bien trouvé une Ami 8 qui n'était pas de toute première fraicheur puisqu'elle accusait 175 000 km et que son propriétaire vendait 3 000F.

Quand il comprit que j'allais rentrer sur Strasbourg avec ( dans l'autre sens aussi ça faisait 900 km...) il a refusé de me la vendre ! Je suis donc reparti à vélo.

Mieux vaut s'appeler Mercedes et rouler en Dyane que s'appeler Diane et rouler en Mercedes. Dicton alsacien.

La premiere fut une Dyane

J'ai donc commencé par une Dyane de 1980, poursuit Laurent en nous faisant visiter son domaine que Laurent photographie. Je me suis honteusement fait avoir : pourrie et payée 12 000 F chez un garagiste. Je n'y connaissait rien . Je suis parti à son volant sans même savoir qu'il faillait vérifier le niveau d'huile ! Je ne savait pas ce qu'était une jauge ni même comment ouvrir le capot... Un an après fut instauré en France le contrôle technique obligatoire pour vendre les voitures. Ne voulant plus me voir dans ce tas de boue comme ils disaient, mes parents me donnèrent leur Peugeot 205 pour rouler comme les gens normaux. La Dyane ne me servant plus, je décidais de la vendre mais elle échoua au contrôle technique ! Je n'eu pas longtemps à réfléchir sur l'avenir de ma vieille Dyane car ayant mis la 205 sur le toit, je fus contraint de la garder.

Première restauration

J'ai décidé de la refaire entièrement avec l'argent reçu de l'épave de la Peugeot. J'ai tout démonté et j'ai appris sur le tas seul et empiriquement. J'ai fait des erreurs. J'ai mis du temps. Changer un bras me prit une journée, sans être sûr d'avoir tout remonté ni qu'elle partirait. Un cardan côté boîte m'occupa tout un week end ; je ne savais absloument pas comment m'y prendre et j'étais mal outillé. Je n'avais pas toujours les bonnes pièces pour le remontage. Je perdais des pièces mal fixées en roulant dont un bras avant ! Etc.

Aujourd'hui je change un cardan en une heure. Heureusement que la 2cv te pardonne beaucoup de choses !

Après la mécanique, j'ai appris la peinture.

Et quand j'eus fini de restaurer ma Dyane, je la trouvais tellement jolie que j'eus peur de rouler avec et de l'abimer. Je savais que sur le premier parking de supermarché venu, les pare-chocs ( qui ne sont là que pour la décoration) allaient souffrir. J'en ai donc acheté une deuxième... mais pour 200FF cette fois. Elle a tenu le choc pendant six mois, puis j'en ai trouvé une troisième et une quatrième... Je les entreposais dans un coin pour la pièce vu que la place ne me manque pas. Elles se sont accumulées.

puis j'eus envie de restaurer une ancienne. J'ai trouvé une AZ 1958 très saine que je refis entièrement pendant les trois années qui suivirent.

Où la religion mène à tout et surtout à la 2 CV

Et, de fil en aiguille, de la 2CV j'ai fait mon métier alors que de formation je suis théologien. J'ai une licence en théologie catholique.

Chez nous à Strasbourg, du fait du statut spécifique à l'Alsace, il existe un enseignement religieux obligatoire dans les collèges et lycées. J'ai donc passé mon diplôme d'état et enseigné jusqu'en 1993.

Cette année là, alors que je restaurais ma 2 CV AZ 1956, j'ai décidé de faire le pas et de vivre de cete passion pour les bicylindres Citroën. Je me suis fait connaître par le bouche à oreille. Je mettais une 2cv sur le bord de la route nationale en exposition avec un panneau " à vendre" ,ce qui m'amenait des clients. Ceux ci repartaient satisfaits, revenaient, parlaient de moi à leurs amis, etc. Ma réputation se construisit ainsi.

Et quand on parle de son avenir à Laurent, il est confiant : La 2CV devenant voiture de collecion à part entière ( lire notre encadré ), ma vie ne suffira pas à restaurer toutes les 2CV qu'on m'apportera !

Quel avenir pour la 2cv ?

2cvLa 2CV suit le schéma tracé par ses ainées, les Traction et DS. Elle est encore aujourd'hui en France une voture de tous les jours pour nombre de familles, une seconde voiture qui vit dehors et que l'on entretien pas plus que ça. Au bout du compte elle sert de monnaie d'échange avantageuse quand on souhaite acheter une voiture neuve. Usée ou devenue encombrante, on n'hésite pas à la mettre à la casse sans regrets. Mais sa raréfaction va d'ici deux ou trois ans la faire irrémédiablement basculer dans la collection. Alors le mouvement s'inversera, on la restaurera ( enfin) au lieu de la retaper mollement. Elle perdra son statut de "voiture de tous les jours de la famille". Fini les " pas chères" et " facile à trouver ". En voir une sur les routes fera tourner les têtes avec un " Tu t'en souviens ?" nostalgique. On la verra de plus en plus rouler en groupe avec ses congénères. elle ne dormira plus dans la rue ou dehors. La 2CV sera sauvée et preservée, certes, mais en entrant définitivement en collection n'aura-t-elle pas perdu un peu de son âme et de sa fonction?

La discussion reste ouverte, nous attendons vos commentaires.

Le problème des châssis

Toutes les 2cv "récentes" vont être confrontées un jour ou l'autre à ce problème. Laurent les change régulièrement et de plus en plus. Il a commencé avec des châssis d'occasion ( de Dyane ils sont plus solides), mais leur faiblesse congénitale lui fait utiliser aujourd'hui des châssis galvanisés vendus par Planète 2CV, à la grande satisfaction de ses clients grâce à la garantie totale courant sur 10 ans ! (Ndlr : nous vendons un châssis tous les deux ou trois jours, ce qui montre le réel besoin d'un bon produit adaptable, fiable et d'une grande durabilité !). Les châssis étaient faits avec du métal de récupération de basse qualité. j'ai un client qui est venu avec une 2CV 1990 pour changer son moteur, quand on l'aoté, son châssis s'est cassé en deux comme du verre ! Elle était soit disant traitée et avait subi des contrôles anticorrosion. On ne peut rien souder sur les dernières, ça fait des trous... Les anciennes des années 50 c'était autre chose !

La 2cv en Allemagne

Dans ma région, dit Laurent, les 2CV sont de plus en plus chères et de plus en plus délabrées. Du coup, je vais les chercher en Allemagne. Dans ce pays on dit qu'il en roule encore 80 000. Elles sont belles et récentes. On ne voit pas d'anciennes en Allemagne du fait de leur système de contrôle technique le " Tüv". Mais les légendes ont la vie dure ! Le contrôle technique allemand n'est pas si dûr que ça, le Tüv tolère pour la 2CV les châssis soudés ! Du coup, beaucoup d'alsaciens se font rouler. Ils importent des voitures à la carrosserie rutilante avec contrôle technique allemand pour 4 ou 5 000F mais dont très vite le volant ne tourne plus car le châssis craque, malgré les soudures. Certains me téléphonent même pour me demander où l'on met l'huile dans la colonne de direction car leur volant devient dur.

ami de la 2cv


Alignées comme pour une parade, les voitures de Laurent sont toutes prêtes à prendre la route.

2cv


Ami 6 et Ami 8 ne déparent pas sa collection, bien au contraire. Ses visiteurs n'en reviennent pas de tant de petites merveilles.

 

2cv

Dans l'antre des pièces s'amoncellent jusqu'au plafond. Il en a même sous le lit....

2cv


Certaines de ses voitures sont des véhicules clients qui attendent sagement leur tour comme chez le médecin.

2cv


Laurent Philipps-Dantlo a tout appris par lui même, de la soudure à la peinture et les gros travaux n'impressionnent pas cet Alsacien passionné par la 2cv.

2cv


Sous la tente une sélection des plus belles pièces est protégée.

2cv carrosseries


Au hasard de son domaine, des pièces de carrosseries formant une "nature morte" permettent à notre photographe d'exercer tout son talent.

2cv


Les anciennes aussi plaisent à Laurent, il en a quelques unes dont une superbe Type A 1953 sauvée de justese de la casse où elle devait parti parti parès avoir été données en reprise contre un véhicule neuf !

2cv


Quand il fait beau, Laurent préfère travailler dehors, à l'air libre.

dyane cabriolet

 

Une Dyane Cabriolet

Laurent s'est découpé une Dyane 1969 ( 17 Avril ) en cabriolet pour les beaux jours. il a eu la gentillesse de nous la prêter pour le Salon du cabriolet et du coupé qui se tenait début Avril à Paris où nous avions un stand. Peinte en rouge Ferrari, cette belle réalisation ne passa pas inaperçue...

Ami de la 2cv

Pour le contacter :

Laurent Philipps-Dantlo
Ami de la 2cv

31 rte des Romains
67120 Molsheim France

33 (0)3 88 38 55 14